Déclarations

Intervention en séance plénière de SEM Jean-François DOBELLE
Ambassadeur, Représentant permanent de la France auprès de la Conférence du Désarmement

Genève, 24 janvier 2007

 

Madame la Présidente

Puisque c’est la première fois que je prends la parole au cours d’une séance plénière formelle de la Conférence du Désarmement, permettez moi tout d’abord de vous féliciter de votre accession à la présidence et de la façon dont vous avez su jusqu’ici conduire nos travaux. Je tiens tout particulièrement à vous dire combien nous apprécions le grand professionnalisme et le savoir-faire dont vous avez fait preuve pour nous amener là ou nous en sommes aujourd’hui, ce qui n’était pas acquis d’avance.

Chacun reconnaît l’utilité des consultations intensives que vous avez menées depuis l’automne, sur la façon dont vous-même et les cinq autres présidents de la CD en 2007 envisagez l’organisation de nos travaux cette année et je crois que nous avons tous conscience d’aller dans la bonne direction, la seule qui nous permette d’espérer réaliser cette année encore des progrès dans la revitalisation de cette Conférence.

Ma délégation estime que nous devons être guidés par le souci de préserver les acquis de 2006 et si possible de les développer, afin de poursuivre le mouvement engagé l’an dernier. Pour ce faire, nous devons de manière pragmatique, comme en 2006, adopter un programme d’activités qui nous permette de travailler efficacement et concrètement. Une telle démarche serait susceptible de favoriser un accord ultérieur sur un programme de travail.

 

Madame la Présidente,

Nous estimons que l’organisation des travaux que vous proposez pour cette session fournit le meilleur compromis possible pour nous permettre d’aborder de manière équilibrée tous les points de l’ordre du jour et de déterminer ceux qui, au vu de l’intérêt manifesté lors des débats, méritent une attention plus particulière. Nous pouvons donc soutenir cette proposition.

Nous souhaitons que les autres Etats membres de la Conférence puissent également se rallier à cette proposition et fassent, dans sa mise en œuvre, preuve d’ouverture quant à la méthode de travail qui pourrait être la nôtre. L’essentiel est en effet de mener un travail productif sur les sujets que nous devons traiter dans le cadre d’une approche ouverte.

 

Madame la Présidente,

Ma délégation exprime sa confiance dans l’action des six présidences et considère que l’approche proposée aujourd’hui fournit les meilleures chances de progrès pour la Conférence, dans la continuité de la méthode introduite en 2006. Soyez assurée que la France ne ménagera pas ses efforts pour permettre à cette enceinte de jouer pleinement le rôle qui est le sien.

Dans cet esprit, nous ne manquerons pas de rappeler, au cours des prochains mois, combien nous sommes attachés à ce que la Conférence du Désarmement, pour conserver toute sa pertinence, adopte une approche ouverte, constructive et pragmatique.

Madame la Présidente, mon collègue Allemand, s’exprimant au nom de l’Union Européenne, a notamment souligné la priorité que ses vingt-sept membres accordaient au démarrage immédiat et sans pré-conditions de la négociation d’un Traité interdisant la production de matières fissiles à des fins militaires. Cette préoccupation est bien évidemment un point fondamental de la position de mon pays à titre national, comme l’avait indiqué le Président de la République lors du discours qu’il avait prononcé à l’Ile Longue il y a un an.

Cela étant, Madame la Présidente, la France considère que la raison d’être de cette enceinte est bien d’œuvrer à une approche du désarmement qui permette d’alléger le lourd tribut que l’humanité paye aux trop nombreux conflits qu’elle subit et de contribuer à la sécurité régionale. Dans cette perspective, nous devons garder à l’esprit que ce sont bien les armes classiques qui tuent chaque année plus de cinq cent mille personnes dans le monde.

C’est pourquoi j’exprime le vœu que nous puissions cette année, dans le cadre de l’examen des points appropriés, nous pencher davantage que par le passé sur la question de la maîtrise des armes classiques. Plusieurs propositions pertinentes ont été faites par d’autres délégations et nous les soutenons. Nous faisons en effet partie des pays que la question des transferts illicites d’armes classiques, y compris des systèmes portables de missiles anti-aériens (MANPADS), à des groupes terroristes préoccupe gravement. Faut-il rappeler qu’un projet d’attaque au moyen de ce type d’arme contre un aéronef civil a été déjoué l’an dernier ici même, à Genève?

Sur le plan multilatéral, des avancées significatives ont été réalisées dans le domaine de la maîtrise des armes classiques et de leur dissémination l’an passé en dehors de la Conférence :

- En Première Commission de l’Assemblée Générale des Nations Unies avec l’adoption des résolutions pour lesquelles ma délégation s’est fortement engagée concernant la mise en place d’un traité sur le commerce des armes et la question des stocks de munitions en excès des besoins de défense.

- Dans le cadre de la Convention de 1980 sur certaines armes classiques (CCW) également, nous avons, sous la présidence de mon prédécesseur, avancé sur la question des restes explosifs de guerre. Nous nous sommes aussi mis d’accord sur un document final qui renforcera cet instrument.

Il ne s’agit naturellement pas ici de dupliquer l’excellent travail qui se fait dans d’autres cadres mais bien plutôt de faire pleinement jouer à la Conférence son rôle de forum permanent et de lieu d’échanges sur toutes les questions de désarmement, de non-prolifération et de sécurité internationale.

Dans cette approche ouverte et souple permettant de traiter de la maîtrise des armes qui sont aujourd’hui les plus meurtrières, ma délégation serait aussi disposée à tenir la conférence informée de l’initiative dont elle a pris la conduite à différents niveaux concernant la lutte contre le transport aérien illicite d’armes légères et de petit calibre.

 

Madame la présidente, je ne voudrais pas ici retarder davantage le déroulement de nos travaux et le traitement de la question essentielle de ce jour, celle de l’adoption de notre ordre du jour. Vous connaissez notre point de vue quant à son libellé qui ne nous paraît plus vraiment adapté aux enjeux actuels de sécurité, il demeure inchangé par rapport à l’an dernier. Nous sommes néanmoins disposés à nous en accommoder, selon les conditions et avec les réserves habituelles, pour ne pas faire obstacle à la mise en place de l’excellent programme d’activités qui nous est proposé et que nous soutenons fortement.

 

Madame la Présidente, je vous remercie.